Edito-AP-128

 

 

Dessin: André Paul Perret

 

Réseau et roseau
La grandeur de l’ homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.
C’est donc être misérable que de se connaître
misérable; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.
L’ homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser: une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui,
l’univers n’en sait rien.

Pascal «Pensées»

L’ homme est-il, encore aujourd’hui, un roseau pensant? Oui, sans doute, il peut certes penser, face à sa mort, face à sa vulnérabilité, à tout ce qui peut le menacer. Est-il encore le plus faible de la nature? Il a acquis une telle force, grâce à la collectivité, que sa survie en vient à menacer les autres espèces vivantes. Mais par rapport au XVIIe siècle de Descartes, de Spinoza, de Pascal, il a sans doute beaucoup perdu de son indépendance et de son originalité. Aujourd’hui, l’homme est-il capable de penser par lui-même? Il me semble, moi le premier, très dépendant de ce qu’il lit, écoute, regarde, fait, écrit… L’ homme moderne est devenu un réseau pensant. La plupart des humains en état de penser sont aussi des réseaux dépensants… Que le réseau donne de la force au roseau, voilà l’argument massue qui assure le confort des générations, avides d’être manipulées.
Ce qui me semble intéressant dans ce débat, c’est la position de l’artiste, qui devrait continuer à perpétuer une voix personnelle. C’est une notion assez répandue que de prétendre que l’artiste annonce le futur d’une société. Encore faudrait-il savoir quel genre d’artiste.

La totalité de l'éditorial dans ph+arts no 128
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