Edito-130 

Dessin: André Paul Perret

 

Visionnaire

Après le Bâlois Konrad Witz au XVe siècle et le Bernois Niklaus Manuel au XVIe, Johann Heinrich Füssli fut sans aucun doute notre plus grand peintre suisse: il est né au XVIIIe siècle à Zurich en 1741, mais sa carrière se déroula à l’étranger, en Italie puis en Angleterre. C’est lors d’un voyage de Rome à Londres, en 1779, qu’il tomba amoureux d’Anna Landholdt, lors d’un passage à Zurich. Il raconte, dans un rêve resté célèbre, qu’il s’unissait avec cette personne – mais elle refusa ses avances et se maria peu après, ce qui le plongea dans une souffrance proche de celles de son contemporain Werther, le héros de Goethe. Mais au lieu de se suicider, notre peintre (rebaptisé Fuseli pour les Italiens) imagine son fameux tableau Le Cauchemar, où l’on voit le corps allongé d’une femme, comme morte, et au-dessus deux êtres figurant, dans le rêve de celle-ci, un succube et la tête d’une jument – extraordinaire peinture aux résonances sexuelles, exposée pour la première fois à Londres en 1782 et qui remporta un immense succès, en cette période traversée par le mouvement préromantique venu d’Allemagne. Füssli repeignit deux fois son Nightmare, de nombreuses gravures et caricatures diffusèrent sa composition en Grande-Bretagne et à travers toute l’Europe...

La totalité de l'éditorial dans ph+arts no 130
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