Richard-129

Richard Aeschlimann

Le prix du bonheur

Etant jeunes, nous aimions beaucoup collectionner les timbres-poste. Une vraie passion nous animait. Nous pouvions les regrouper selon des thèmes choisis: par pays, par sujet (fleurs, papillons, lieux, etc.). Certains d’entre nous se spécialisaient sur des timbres tête-bêche, d’éditions spéciales sur l’aviation postale ou d’autres motifs encore. Nous étions facilement approvisionnés par la famille et les amis. Nous recevions gracieusement les enveloppes timbrées, envoyées parfois depuis des pays étrangers. Nous devions uniquement décoller les timbres, les sécher, tout en évitant de les abîmer, en faisant particulièrement attention à la fragilité de leurs dents. Bientôt, j’appris qu’il existait des timbres neufs et les mêmes, mais oblitérés. Ces derniers avaient moins de valeur que les neufs. En abordant les problèmes de valeur, je découvris du même coup qu’il se trouvait dans le commerce des timbres qui atteignaient des prix si extravagants qu’il devenait illusoire, même en rêve, d’en acheter ne serait-ce qu’un seul. Curieusement, dès lors, l’intérêt pour l’originalité, la beauté de certaines séries fut irrépressiblement détourné vers la rareté, donc la valeur. L’ estime ou l’amour du simple timbre fut remplacé par l’envie du timbre de grande valeur. L’ espoir se déplaçait vers l’hypothétique trouvaille d’un trésor en déshérence.

La totalité de l'article dans ph+arts no 129
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