Richard-128

Richard Aeschlimann

Fragments et variantes

Quelle est cette impulsion qui jette hors du lit un artiste indépendant, le matin à l’heure du coq? Si ce n’est la certitude de progresser, d’avancer coûte que coûte, comme si nous étions au milieu d’un océan. Certes, nous ignorons encore le temps et les efforts nécessaires à accomplir pour une arrivée triomphale. Nous ne sommes même pas certains de la bonne direction ni du but à atteindre. Pour certains, ce fut de découvrir l’Amérique, pour d’autres, la rencontre avec l’échec. Pour tous, c’est apprendre comment ne pas tourner en rond. D’ailleurs, qu’importe le but, seul le voyage compte. Pour l’artiste, la réalité n’est pas de terminer une peinture, dix gravures, cent dessins. Le voyage est avant tout un but qui exige que l’on s’attaque à l’œuvre en cours, puis à la suivante, à une autre encore, et encore une autre, et ainsi de suite. L’ avancée se précise à chaque nouvelle production réalisée, qu’elle soit dubitative ou exaltante.
Cette volonté d’avancer, donc de faire, de dessiner, de graver, de peindre, de s’exprimer est motivée, le plus souvent, par un instinct de curiosité inné, entretenu par un amour de l’existence. Sans oublier un certain plaisir manuel et intellectuel.
Il existe plusieurs genres d’artistes. D’abord, ceux pour qui chaque œuvre réalisée représente un monde en soi. Une création unique, dictée par les émotions libérées et lancée dans le temps. En visitant l’exposition des œuvres d’un de ces artistes, on pourrait parfois avoir l’impression que toutes ces peintures ne sont pas d’un peintre unique, mais de plusieurs. Pour cette famille d’artistes, leur perception picturale, sur les animations du monde, se joue avec l’incommensurable richesse de la nature. Un après-midi au bord du Grand Canal à Venise n’est en rien comparable avec un autre après-midi au spectacle d’un match de football opposant deux équipes d’amateurs. Là où le ciel était rose sur la lagune, dans un décor féerique en forme d’aquarelle, ailleurs, c’est un ciel verdâtre encadrant une pelouse malingre, enrichie çà et là par les taches colorées des joueurs en mouvement...

La totalité de l'article dans ph+arts no 128
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